Un Système et des relations en mouvement:
Lorsque l’adolescent devient un jeune adulte, sa recherche d’autonomie implique des changements dans les relations familiales, les responsabilités et les prises de décisions. La volonté d’une indépendance financière, la poursuite de ses propres aspirations et la définition de sa propre vision de la réussite ne sont pas sans bousculer l’organisation familiale.
Si cette situation est dans l’ordre des choses, elle peut aussi entraîner des conséquences émotionnelles néfastes au sein de la famille: rejet, violence, reproches, culpabilité, rigidité, stigmatisation, conflit…
Partant de cet exemple, peut-on établir du lien entre des difficultés relationnelles familiales et la répétition de schémas familiaux ?
La réponse est oui.
La répétition de modèles et de schémas familiaux:
C’est en effet une approche que la systémique ne manquera pas d’associer tant il y a à dire sur l’enchevêtrement entre les relations, le vécu individuel et les modèles familiaux.
La répétition de schémas familiaux se réfère à la tendance qu’ont les individus à reproduire, consciemment ou inconsciemment, les comportements, les modes de pensée, voire les dysfonctionnements qui existent au sein de leur famille d’origine. Ces schémas peuvent être transmis de génération en génération, créant ainsi une dynamique familiale complexe et souvent difficile à briser.
Dans le contexte de la transition de l’adolescence vers l’âge adulte, ces schémas familiaux peuvent ainsi se retrouver exacerbés. Les parents peuvent projeter leurs propres attentes non réalisées sur leurs enfants, cherchant à les modeler selon leurs propres désirs et rêves inachevés. De même, les jeunes adultes peuvent reproduire les modèles de communication et de relation qui leur ont été inculqués depuis leur enfance, même s’ils ne sont pas adaptés à leur nouvelle réalité.
A l’inverse, les processus relationnels peuvent également mener à ce que les jeunes adultes cherchent à se différencier de leur famille d’origine en allant puiser dans l’influence de nouveaux environnements et de relations extérieures.
Préserver une sécurité de base:
Il convient donc de créer ou renforcer par la thérapie, une sécurité familiale à la fois suffisante pour, d’un côté, maintenir et préserver une relation favorable entre parent(s) et enfant(s), et de l’autre promouvoir les possibilités individuelles de chacun permettant un développement personnel équilibré.
En offrant un espace sûr pour que l’ambiance familiale ne se cristallise plus autour de la problématique, il apparaît plus aisé d’ouvrir à une prise de conscience et une réflexion sur les rôles et les places au sein de la famille.
Identifier et analyser les processus de communication et les
éléments transmis:
Pour ce faire, il est nécessaire d’aider la famille à travailler ensemble et à méta-communiquer pour comprendre et analyser le schéma relationnel individuel et familial. Cela implique de prendre en compte les différents facteurs qui influencent les dynamiques familiales, tels que les normes, les valeurs, les rôles sociaux, les codes, les représentations et croyances, les modèles de communication, etc…
Sans oublier les aspects transgénérationnels, savoir les identifier, les comprendre et les accepter. Le thérapeute peut proposer à la famille de construire avec elle un génogramme.
En amenant à reconnaître les aspects transgénérationnels, le thérapeute peut aider les individus à mieux conscientiser mutuellement certains processus de comportement et de communication qui ont été transmis de génération en génération.
En effet, les éléments répétitifs peuvent être à la fois bénéfiques et limitants pour la personne et sa famille. Par exemple, certains schémas peuvent favoriser la sécurité et l’harmonie relationnelle, tandis que d’autres peuvent conduire à des dysfonctionnements et des conflits.
Vers de nouveaux scénarios:
Mettre en lumière ces schémas permet alors de proposer des alternatives et des interventions adaptées pour favoriser la santé et le bien-être émotionnel familial. Il est important d’encourager les membres de la famille à développer des compétences relationnelles et à renforcer les liens, tout en respectant les personnalités individuelles, le caractère et les besoins de chacun.
Parfois, certaines formes de relations, basées sur l’ascendance, la directivité ou l’excès d’autorité, la contrainte ou bien la peur de décevoir l’autre, les non-dits etc…, sont des comportements constatés de dysfonctionnement dans le système familial. Ces contextes sont défavorables et soulignent l’impact négatif d’environnements familiaux toxiques ou restrictifs.
Or, nombre de concepts sont en jeu tels que la loyauté, l’attachement ou la façon dont s’est définie la place occupée par les membres du système.
En thérapie, une analyse approfondie de ces concepts alimentera la réflexion pour viser au changement via une modification des comportements lorsque des tensions émergent ou s’amplifient. Il est en effet crucial de réfléchir à la manière dont s’inscrit le processus des schémas auxquels la famille se conforme. Rééditer le scénario d’une manière différente peut se révéler bénéfique pour tous les membres.
Se libérer de l’emprise du passé :
Il est donc important de prendre conscience de ces schémas familiaux, de les remettre en question et de faire preuve d’ouverture d’esprit pour se libérer de leur emprise. Une thérapie familiale ou individuelle peut aider à comprendre et désamorcer ces schémas, encourager une communication ouverte et établir des relations basées sur le respect mutuel et l’autonomie.
Elle suggère de revoir les rôles et les dynamiques familiales problématiques.
Mieux percevoir chaque point de vue :
Ainsi, il sera constructif de permettre à chacun de se décentrer de son point de vue pour mieux percevoir celui des autres membres. Cette approche induira un modèle d’ écoute active. En ce sens, cela permettra plus facilement de répondre aux besoins qui découlent d’une situation complexe dans laquelle s’entremêlent une diversité d’enjeux inhérents aux problématiques relationnelles familiales.
Cette démarche demande du temps, de la patience et de l’engagement de la part de tous les membres de la famille.
Stéphane janès, Thérapeute conjugal et familial à Erquinghem le Sec