L’empathie dans la relation d’aide : Une réalité profonde.
Un ami m’a un jour affirmé avec assurance: « L’empathie n’existe pas! »
Pour lui ce concept était une imposture.
Comment peut-on réellement se mettre à la place de quelqu’un d’autre? Comment, en effet se rendre compte de la souffrance d’un individu, en saisir le degré , partager et comprendre le ressenti d’une personne qui vit une expérience ou subit un évènement auquel nous sommes étranger? Quand bien même aurions nous vécu des faits similaires, il n’en reste pas moins que chacun est titulaire de sa propre histoire…
Cette déclaration a suscité en moi une profonde réflexion sur la nature de l’empathie, devenant aujourd’hui l’objet de cet article.
L’empathie intersubjective selon Pierre Delion.
L’engagement dans la relation transférentielle, tel que le développe Pierre Delion, considère et démontre combien l’empathie intersubjective est une réalité expérientielle fondamentale.
Ce qui se partage entre le patient et le soignant, ne serait-ce que par l’accueil par l’un de la souffrance de l’autre, est un élément essentiel à ne surtout pas exclure ou négliger.
Il souligne que le choix d’exercer une profession dans le domaine du soin et de la relation humaine, en particulier en psychiatrie, renvoie souvent à un rapport extrêmement équivoque avec son propre masochisme. Le praticien doit être conscient de ce processus, savoir l’explorer, le réguler avec précision pour ne pas dépasser un certain seuil, au risque de compromettre sa propre économie psychique. Ce qui deviendrait alors contre productif pour la relation d’aide.
Le lien thérapeutique : une base d’empathie.
Ce lien thérapeutique repose fondamentalement sur l’empathie. Il émerge de l’interaction entre le soignant et le soigné au sein de la relation d’aide. Cette connexion empathique crée un espace sécurisé où le patient peut exprimer et explorer ses propres émotions, favorisant ainsi un traitement efficace.
L’Epigénétique et les héritages transgénérationnels.
L’épigénétique, qui étudie des changements dans l’activité des gênes, apporte un argument solide pour comprendre l’empathie et souligne la force des perméabilités émotionnelles et relationnelles. Cette discipline met en valeur la transmission de patterns intergénérationnels biologiques et environnementaux…
Les résultats de plusieurs recherches dans ce domaine montrent que notre patrimoine génétique serait constitué de notre histoire et façonné par celle de nos parents, intégrant des éléments de leur vécu.
La qualité de notre environnement est un des éléments polyfactoriels qui modifie et définit bien des aspects de nos gênes. Notre comportement, notre psyché, s’en trouvent impactés, même si cela s’avère souvent non élaboré par la personne. Par exemple, le stress et d’autres facteurs peuvent avoir des répercussions sur le développement du foetus et de l’enfant. Une charge émotionnelle importante et d’autres vecteurs externes peuvent alors traverser le liquide amniotique d’une femme enceinte et engendrer des conséquences sur le bébé.
Ainsi, ce qui a été vécu de positif ou de négatif par les descendants, s’inscrit physiologiquement ou psychiquement comme des marqueurs ou éléments bruts sur celui qui en sera le dépositaire.
Heureusement, rien n’est figé et ces marqueurs ne sont pas immuables. Ils pourront en effet évoluer et dépendre ensuite de chaque parcours, en fonction des propres expériences de chacun et des interactions. Cela produira potentiellement du changement.
Empreintes de nos aïeux et de notre entourage.
En résumé, nous portons en nous l’empreinte de nos ancêtres, et celle de notre entourage… Nous héritons de stigmates transgénérationnels, de forces, d’ influences, de ressources. Nous sommes les maillons d’une chaîne de transmission horizontale ( notre entourage social) et verticale ( la famille). Les scientifiques distinguent deux types d’empathie ( cognitive et affective). Des éudes montrent une réelle corrélation impliquant des influences entre les gènes, l’environnement et nos capacités émotionnelles et relationnelles.
L’empathie : un pilier fondamental.
L’empathie n’est donc pas un terme à prendre à la légère. Remettre en question le sens de ce mot au prétexte qu’elle ne peut pas toujours être objectivement mesurée revient à nier une valeur intrinsèque à la relation humaine.
Elle est dans l’inconscient collectif autant que présente et utile dans le secteur des soins et services à la personne. Elle est au coeur de la relation d’aide et s’impose comme une notion essentielle en analyse systémique et en thérapie familiale.
Stéphane janès, Thérapeute conjugal et familial à Erquinghem le Sec.